Category Archives: Récent

Orchidée pressée

Vient de la montagne, a un parfum superbe, mais ne dure qu’une journée.
Photo M. P.

Orchidée de la montagne de Tinamastes

Grosse comme le bout de votre petit doigt!

Précis

Les poètes du passé nous ont comparés à des grains de sable, des gouttes de rosée et des poussières dans le vent.

Les comparaisons sont des outils pauvres, elles manquent de justesse. La vraie poésie voit et dit exactement ce que nous sommes : des humains.

La race humaine parle à travers moi. C’est ce que je suis.

Monica Hathaway, M201
trad. Maryse Pelletier

Même orchidée rose sur même table de bois.

Détail de la « mormodes ».

Orchidée rose sur une table de bois

Type de « mormodes », orchidée indigène de la région du Pacifique sud, Costa Rica.

Autopromotion

Qu’est-ce qui te fait penser que tu es si différente, si extraordinaire?

Le fait que tu sois femme, Irlandaise, Russe, Mongole, Allemande et citoyenne des États-Unis? Que tu sois allée allée à une école appelée Fernwood jusqu’à 13 ans et au Grant High School jusqu’à 16, dans la ville de Portland, Oregon, É.U.? Que les noms de ton père et de ta mère soient Samuel et Helen et que tu aies un frère et une soeur qui s’appellent William et Éloise? Que ta famille soit connue sous le nom de Lind? Que tu parles l’anglais avec une touche d’accent de l’Ouest?

Un de tes grands-pères est venu de Russie aux É.U., l’autre est venu d’Irlande. Une grand-mère vient du Missouri, l’autre est un mélange russe et allemand arrivé aux É.U. par la Russie. Tous ont été éduqués quelque part, d’une certaine façon, et ont parlé plus ou moins bien des langues variées.

Ils ont tous eu des enfants, ces enfants ont eu des enfants à leur tour, et tu es un de ceux-là, tu viens d’une sorte de commencement sans commencement et de fin sans fin d’une série de différences. Par la suite, tu as été aimée, haïe, tolérée, encouragée, avertie, etc. (on t’a donné un ensemble de règles pour te garder différente). Tu as aussi eu la coqueluche, la varicelle, la rougeole, la scarlatine, plusieurs rhumes, la gonorrhée et, de temps en temps, une excroissance ou un étirement musculaire dans diverses parties du corps.

Tu as reçu un conditionnement et un reconditionnement. Quelquefois, c’était ci, d’autre fois, c’était ça. Et il t’est arrivée d’être dans une telle confusion, un tel bouleversement, que tu en perdais l’envie de continuer à construire ta différence.

Il semble que nous venons tous de toutes sortes de lieux et d’espaces, il semble aussi que nous existons tous d’une manière ou d’une autre dans ce vide.

Qu’est-ce qui nous rend si différents? Nous existons dans ce qui me paraît être une interminable série de confusions et de bouleversements de spécialisations. N’oubliez pas, protégez votre différence, quelqu’un pourrait la convoiter!

Si vous voulez vraiment, sérieusement, savoir qui vous êtes, vous devriez peut-être consulter le « Who’s Who ». Si vous ne vous trouvez pas dans le livre, vous êtes probablement une énergie renégate qui a échappé accidentellement aux gardiens du vide.

Nous existons dans l’espace et, si nous pouvions laisser tomber nos différences, nous verrions que les esprits frères du nôtre sont plus la généralité que l’exception.

Monica Hathaway, M106
trad. Maryse pelletier

Considérations sur la croyance en soi

Croire en soi, c’est considérer tout ce qui advient dans l’espace autour de soi comme nous étant particulièrement destiné. C’est le sentiment que tous les objets qui touchent nos sens ont été créés pour que ce soit nous qui les critiquions. Nous aimons certains de ces contacts, mais pas d’autres, et, ce faisant, nous donnons notre interprétation personnelle à ces événements ; c’est conscients de nous et de notre importance que nous recevons les contacts. Nous sommes difficiles, nous choisissons notre monde. La communication avec n’importe quoi d’autre devient extrêmement difficile, voire douloureuse. Poser une question directe, ne serait-ce qu’à nous-mêmes, est impensable, parce que nous sommes toujours certains que notre interprétation est, sans conteste, la bonne. Notre monde se présente comme « pour nous » ou « contre nous ». La croyance en soi crée donc un monde intérieur plein de conflits et de souffrance.

On peut comprendre la pensée « J’en doute » de deux façons très différentes :
1. Avec une pointe de cynisme, « J’en doute » devenant « Je suis certain que j’ai raison »
2. Avec un esprit ouvert qui utilise le doute pour étudier le spectateur de ce spectacle, celui auquel on se réfère quand on dit « moi-même » ou « je ».

Cette seconde façon peut être fructueuse. Le doute pourrait être celui-ci : peut-on vraiment se fier à nos sens une fois qu’on s’est rendu compte qu’ils sont obscurcis par notre conditionnement, notre famille, notre religion ou n’importe quel type d’éducation ? S’interrogeant, on peut alors commencer à méditer sur la coexistence de deux mondes : celui du contact pur, non influencé par l’écran des « mémoires », et celui créé par les samskaras (les formations mentales), l’écran des mémoires duquel naissent nos interprétations.

Le premier est le monde réel, qui se détruit quand on y pense, quand on l’interprète ou l’imagine.

Le second est le monde des samskaras (formations mentales) ; il est créé par le contact avec des stimulus (les sens) qui déclenche l’habitude d’interpréter et d’ajuster tout pour le façonner et le donner en pâture à l’égo. C’est le monde dans lequel nous vivons. Dire qu’il n’est pas réel ne signifie pas qu’il n’a pas d’existence. C’est l’univers des conflits et de la souffrance, le monde dualiste : acceptation et réjection, attraction et répulsion, amis et ennemis, bon et mauvais, vrai et faux, etc.

Les notions dualistes servent d’outils d’interprétation pour mettre en valeur la croyance en soi, qui saisit l’un ou l’autre de ces aspects et s’y accroche. Elles nous permettent d’émettre un jugement sur les événements pour justifier la nature de l’émotion qu’ils font naître. Quelquefois, nous disons nous sentir bien, d’autres fois mal, ou nous restons, bouleversés, dans un conflit émotionnel. Ce dernier état est celui où il nous est impossible de décider notre réaction à un événement donné ; nous tournoyons alors sur la roue (de l’existence) en un voyage éclair à travers l’orgueil, l’envie, la passion, la peur, l’avidité, la haine, encore et encore, durant des heures.

Ce vertige étourdissant, nous pouvons tous le reconnaître quand nous examinons le monde des formations mentales (les samskaras) ; c’est lui qui nourrit la croyance en un « je » qui se sent comme ceci ou comme cela, pense ceci ou cela, voit, entend, dit ceci ou cela, etc. Plus nous faisons ceci-cela, plus la croyance en soi s’affermit.

Ce que nous appelons notre monde est érigé sur la base de blocs d’interprétation. Il nous devient familier, comme l’est notre maison parce que nous l’avons meublée d’une certaine façon, ou notre garde-robe parce que nous avons choisi nos vêtements. Quand on s’identifie à des blocs d’interprétation, on construit une croyance en soi à travers laquelle il est impossible de voir le contact pur, la réalité, qu’on souffre d’avoir perdu.

Abandonner l’habitude d’interpréter m’apparaît être une perte légère. Dans cet abandon, nous pourrions expérimenter la joie de voir « la réalité ».

Monica Hathaway, M106
trad. Maryse Pelletier

Espace ouvert

Je ne connais pas la date exacte, ni l’âge que j’avais quand c’est arrivé, mais il me semble que j’avais un mois à peu près, alors ça se serait passé aux environs de mars 1923. Je suis soudain devenue consciente que, dans ce qui bougeait dans l’espace autour de moi, il y avait des formes différentes, et, à l’intérieur d’elles, d’autres formes. J’ai été surprise : il y avait des choses en dehors de moi qui me regardaient les regarder. Il y avait, entre autres, ces deux orbites brillantes qui me surveillaient. J’étais sujet et je voyais des objets en dehors de moi ; je devenais soudainement consciente de moi. Les objets avaient des dimensions, des couleurs, des textures, des sonorités et des odeurs variées. J’avais la conscience aiguë d’exister. J’ai eu une peur terrible et j’ai commencé à pleurer. Une des formes apparut, flottant au-dessus de moi, me prit, commença à émettre des sons apaisants et mit ma bouche sur un mamelon ; c’était ma mère. J’ai été réconfortée de voir qu’un des objets en dehors de moi était là ; c’était moi, c’était à moi, c’était mon goût, mon toucher. Ça avait mon odeur, mon son et ma forme. Je m’y suis enfouie et j’ai disparu dans ses replis à mesure que je m’endormais.

Quand je me suis réveillée, plus tard, j’ai retrouvé la capacité aiguë de discerner les objets dans l’espace. Mais j’ai eu moins peur ; je savais que j’étais en moi et au dehors de moi, aussi. Je n’étais plus innocente, je pensais que je savais quelque chose. L’histoire venait de commencer.

Monica Hathaway, M106
Trad. Maryse pelletier

Naissance et mort

C’est le printemps! Les diverses formes de la vie remontent à la surface de la Terre et courent dans les branches. Des crocus jaunes et mauves éclatent, et l’eau des étangs et des ruisseaux frétille de vie. Les merles sont revenus. Quelle délicieuse agitation!

Toi, hiver, où donc es-tu allé?

C’est l’été! Les fleurs s’épanouissent, tournant leur corolle vers le soleil. Les légumes et les fruits murissent et éclatent de saveur dans nos bouches. Les oisillons essaient leurs ailes et les bébés grenouilles sautillent. Le chaud soleil d’après-midi s’installe et la vie ralentit, adoptant un rythme lent et paresseux.

Mais toi, printemps, où es-tu allé?

C’est l’automne! Les feuilles se colorent et se détachent des branches, et les fruits tombent des arbres. Les fleurs meurent une à une. Les variétés d’insectes et d’animaux disparaissent. Les oiseaux s’envolent vers le Sud. On entend le jappement des oies. L’espace entre chacune des choses vivantes s’élargit, semble t-il.

Et toi, été, où t’en es-tu allé?

C’est l’hiver. Tout nous apparaît mort, enterré et affaissé sous le poids de la neige et de la glace. La bise froide pique notre chair et les pensées de ce qu’on appelle la mort surgissent en abondance. Cependant, dans l’essence même de cette disparition, la beauté de tout ce qui germe dans la matrice de la nature confère une majesté à la nudité du ciel et à l’apparent vide de la terre. Le Printemps perdu reste sous forme d’espoir.

Monica Hathaway, M105
trad. Maryse Pelletier