Category Archives: Récent

QUI

Vous êtes qui vous êtes.
Vous ne pouvez être rien d’autre que ce que vous êtes.
La pensée de s’aimer ou ne pas s’aimer a un côté aussi drôle que de mettre du sel sur un plancher huileux pour s’empêcher de tomber.

Monica Hathaway. M 105
trad. Maryse Pelletier

L’émotion

Elle s’en fout
Elle aime et déteste
Elle attire et repousse
Elle accepte et rejette
Comprenez-vous?

Monica Hathaway, M105
Trad. M. Pelletier

Ne vous en faites pas

Les secrets coulent petit à petit
Inutile d’en arrêter le flot
Ils ne risquent pas de disparaître
Tout se saura.

Monica Hathaway, M 105
traduction de Maryse Pelletier

Qui est ici

L’amour n’a aucun désir de plus ou moins.

Il est, c’est tout.

Monica Hathaway, M 105
traduction de Maryse Pelletier

Journée gris-argent

Costa Rica, côte du Pacifique, mai 2017

Ascenseur pour le paradis

Mon rêve de la nuit dernière m’a amenée dans un bâtiment que je connais bien, pour y être allée plusieurs fois. Il est en béton, immense, c’est à la fois une manufacture, une école, un pensionnat et un hôtel. Il y a l’entrée, vide sauf pour un comptoir vétuste où personne n’attend personne, puis il y a un un couloir bétonné, usé, ni très sale ni très propre, plein de graffitis, qui mène à un ascenseur.

Cet ascenseur, je le connais trop, j’en rêve depuis que j’ai été pensionnaire dans un couvent dont je suis sortie il y a quelque cinquante ans. Les murs de sa cage sont jaune-verdâtre ou vert-jaunâtre, au choix, sales, couverts de traînées de liquide rouillées, séchées depuis des générations. Il y règne une odeur de renfermé, de poubelle lointaine, si désagréable qu’elle en fait presque oublier les bruits inquiétants des montants et des câbles, qui s’usent en grinçant les uns contre les autres. Vétuste, grillagé, l’ascenseur est trop grand ou trop petit et son plancher peut avoir des trous. Dans mes rêves, pour me transporter, il se déplace autant à l’horizontale qu’à la verticale, parcourant un grenier, puis un toit, puis revenant à l’intérieur pour aller se poser de travers, trop bas, dans l’entrée de l’hôtel au énième étage, où rien, mais rien du tout, n’attend les clients.

Ma chambre, — je m’y rends seule, je connais bien les lieux — a un seul grand lit avec un couvre-pied rouge-rosé des années cinquante, sur lequel je dépose mon sac à main – bien actuel, celui-là.

Je reçois un message — de quelle façon, je ne le sais pas — qui m’apprend que quelqu’un m’attend en bas. Oui, c’est vrai, j’ai rendez-vous avec une amie. Ouache, il me faut reprendre l’ascenseur. Je sors de ma chambre pour m’y rendre, mais il n’est plus dans sa cage, la cage même a disparu, et je dois monter quelques étages et arpenter des couloirs pour tout retrouver, pas rassurée du tout d’avoir à redescendre dans cette chose insensée et bringuebalante pour rejoindre mon amie.

Elle m’attend à la réception — toujours vide de personnel et de meubles — avec un dossier épais duquel nous devons discuter. Nous décidons qu’il vaut mieux aller parler ailleurs, mais juste au moment de sortir, je me rends compte que j’ai oublié mon sac à main dans la chambre. Ouache, ouache. Je rebrousse chemin vers mon hôtel, naïvement sûre de retrouver le chemin de ma chambre — puisque je l’ai quittée presque sans encombre, je devrais être capable d’y retourner. Mais le couloir est si long, il a tant dédales nouveaux, mes repères sont si flous dans ma mémoire que je mets un temps incalculable à seulement atteindre le foutu ascenseur et à peser sur la commande qui doit l’amener jusqu’à moi. Il arrive à regret, se pose, s’ouvre, geignant de toutes ses ferrures, se déhanchant de tous ses câbles.

Je soupire, impatiente, inquiète, angoissée. Mon amie ne m’attendra sûrement pas, il a fallu trop de temps, seulement pour me rendre ici, on n’en demande pas tant à ses amies, si on veut qu’elles nous gardent dans leur cœur… Mais je revois mon sac à main que, d’ailleurs, j’ai été imprudente de le laisser ouvert, sur le lit…

Pendant que l’ascenseur monte — ou descend, je ne sais plus, en tout cas il bouge — mes images intérieures ont des ratés, se figent, et l’ascenseur hoquette. Suis-je encore dans mon rêve ? Euh… Ma conscience, mon inconscience hésitent un instant. Puis, peu à peu, j’émerge des profondeurs, je reviens en surface, ouf, je me réveille. Enfin. L’odeur de l’ascenseur flotte dans mes narines plus longtemps que son image vert-jaunâtre au fond de mes yeux.

Quand j’étais enfant, j’avais imaginé qu’on prenait un ascenseur pour aller au ciel ; eh bien, si le ciel existe, je suis certaine que je le gagne à me promener dans cet ascenseur de mes rêves, aussi vieux que l’idée de Dieu, aussi rouillé qu’un sermon dominical, aussi dangereux qu’une religion dont il faut suivre les dictats à la lettre. Amen !

Les fantômes de ma cuisine

La recette de pâtes carbonara que je fais, je l’ai apprise d’un de mes ex ; crème, oeuf, jambon, parmesan… je pense à lui toutes les fois que je la fais. De même que je pense à lui quand j’apprête des mets chinois; on avait passablement écumé et essayé les recettes de mon livre, il y a de cela des années. Ma recette de biscuits frigidaire est celle de maman, de même que celles de mon gâteau vanillé et de mon gâteau chocolat, que je connais par coeur. Sans compter les confitures de toutes sortes, le poulet farci, la dinde de Noël et les pommes de terre pilées – je pourrais en ajouter, mais vous avez compris que j’ai appris à cuisiner avec maman et qu’elle regarde souvent par-dessus mon épaule quand j’utilise ma planche à découper. Mes crêpes, cependant, sont grandement inspirées par celles que me servait une amie que j’ai perdue ; je fais moins souvent de crêpes ces années-ci et je sais pourquoi. L’odeur du pain me ramène à ma grand-mère et à ma tante Dolorès qui, pour se libérer des demandes et de l’humeur harangueuse de sa mère une fois pas semaine, faisait son pain dans le sous-sol de leur maison. Journée tranquille que celle du samedi, pour elle. Journée tranquille. On imagine ce qu’étaient les autres.

Je fais souvent de la salade de betteraves parce que mon compagnon les adore (les betteraves plus que mes salades, d’ailleurs), je le laisse acheter des cretons parce que la recette de grand-maman était remarquablement étrange et repoussante, je cuisine des salades de tomates, dans lesquelles je tranche les tomates et les concombres très minces, comme m’a montré à le faire une amie excellente cuisinière que j’ai depuis 40 ans et, ces jours-ci, je fais du granola comme l’aime mon petit-neveu de trois ans, pour qui c’est le meilleur dessert et la meilleure collation au monde.

Ainsi, ma cuisine m’amène du plus profond des racines de mon histoire jusqu’à celle qui s’écrit aujourd’hui, qui s’écrira demain.

Tenir un enfant dans ses bras…

… C’est ce qu’il y a de plus doux au monde.

Mais pouvoir le re-donner à sa mère quand il se met à pleurer, c’est encore mieux. Il faut bien que l’âge ait quelques privilèges!

Orchidée de profil

Éphémères grâce et légèreté, pour cette gongora

Le monde des six sens

L’ouie en elle-même : reconnaissance de différents tons
La vue en elle-même: reconnaissance de différentes formes et couleurs
Le goût en lui-même : reconnaissance de différentes saveurs
L’odorat en lui-même: reconnaissance de différentes odeurs
Le toucher en lui-même : reconnaissance de différentes textures
La conscience en elle-même : reconnaissance de différentes combinaisons des ci-nommées cinq expériences sensorielles.

L’égo en lui-même : ce qui sépare les sens ci-dessus nommés en agréable et désagréable, souffrant et plaisant, bon et mauvais, clair et sombre, passé et futur, grand et petit, guerre et paix, permis et défendu, gagnant et perdant, naissance et mort, ciel et enfer, soi et les autres, créateur et destructeur, Dieu et Satan; ce qui joue avec les oppositions et provoque l’apparition du Samsara.

Le Samsara en lui-même : reconnaissance que le choix des opposés, que les états mentaux utilisent pour asseoir leur pouvoir, est essentiel à la continuité de l’existence. Dans ces états mentaux, le changement est vu comme la capacité de choisir.

Le changement tel qu’en lui-même : la reconnaissance de l’existence comme étant le jeu spontané des éléments.

Monica Hathaway, M105
traduction de Maryse Pelletier