Sans famille

Je suis sevrée. Je ne dois rien à mon père, ma mère, ma soeur, mon frère, ou n’importe quelle personne avec laquelle j’ai des liens appelés consanguins. Être sevrée des liens familiaux ne consiste pas à avoir une pancarte sur la poitrine qui annonce : « À vendre au plus offrant; j’appartiendrai à celui qui fera le plus pour moi! » C’est totalement ridicule. Croyez-moi, cette connexion prétentieuse et attendrissante à un arbre familial, c’est exactement ce que je viens de laisser tomber. Je ne cherche aucune famille, ni meilleure, ni plus riche, ni plus puissante. Ces alliances familiales se forment sur les arborescences ou sur la roue karmique des tendances mentales des gens.

Je n’ai aucun désir d’être à un endroit où je trouverais du support ou des gens que je pourrais appeler mon groupe de support. Je ne cherche pas un abri dans le ceci ou le cela, le bon ou le mauvais, le faible ou le puissant, le riche ou le pauvre l’ignorant ou le sage, et ainsi de suite ; je ne cherche aucun abri. L’espace ouvert de l’ici et maintenant n’est pas un endroit d’offrandes aux dieux de ceci ou de cela; les dieux existent seulement dans les espaces clos des non sevrés. À flotter dans l’espace ouvert, on voit tous les abris et on ne veut appartenir à rien ni personne. Je flotte dans l’espace du présent où les murs existent seulement dans l’esprit de ceux qui s’illusionnent. Les amis spirituels n’offrent ni lieu ni abri. Ils se saluent dans l’espace ouvert et ne veulent aucunement être ailleurs.

L’âme immortelle qui cherche la protection d’un dieu n’existe que dans l’esprit des dupes. Posséder cette illusion ou y appartenir est certainement la plus drôle de toutes les vérités. C’est un canular immense, un mensonge monumental dans lequel les enfants non sevrés offrent des sacrifices au créateur Dieu – dont l’existence est au centre du monument construit par l’esprit pour honorer ce canular on ne peut plus drôle. S’il existe une essence indestructible, l’idée de la protéger, de la placarder, de la berner ou de la posséder quelque façon que ce soit est certainement l’entreprise la plus romanesque, la plus folle dans laquelle on peut s’engager.

L’essence indestructible est, simplement, et n’est jamais menacée par les faussetés de l’esprit. Ce n’est ni une concrétisation ni une abstraction. On ne peut pas la négocier à partir des mentalités romanesques et mensongères des royaumes (de la roue de l’existence bouddhique). Elle existe au-delà des discours des sens. La décrire en mots ressemble à une tentative pour résumer la vérité infinie et ultime en une pilule – pour le moins difficile à avaler aujourd’hui et à jamais. On peut la connaître, mais ne jamais la posséder ou l’utiliser dans une mentalité familiale. La connaissance est la libération elle-même, puisqu’elle ne nie ni ne met en valeur l’existence des relations. Elle place simplement ce relatif dans une perspective appropriée, dans l’espace ouvert de l’ici et maintenant. Rien de plus ne peut ou ne pourrait être dit maintenant et à jamais.

Je suis ce que je suis. Je suis alpha et oméga. Le début et la fin.

Monica Hathaway, M104
traduction : Maryse Pelletier

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