Survivre

Le contact des six sens est, semble-t-il, très important pour notre bien-être. On dit : « Je me sens bien », quand une image plaisante touche nos yeux. Si quelqu’un nous touche et que ce contact est plaisant : « C’est bon ! » ; si une saveur touche notre sens du goûter et qu’elle est agréable : « Ça goûte bon ! »; si une odeur touche notre odorat et qu’elle nous plaît : « Ça sent bon ! », si un son touche notre ouïe et qu’il nous plaît : « Ça sonne bien ! », et si une pensée plaisante touche nos facultés mentales : « C’est bon ! ». Bien sûr, le contraire peut aussi arriver ; on pourrait dire : « C’est mauvais ! », ou se retrouver devant du déjà vu, de l’ennuyant or du sans intérêt pour nous.

Nous sommes très dépendants du travail de nos sens. Le fait que le monde extérieur les touche nous rassure sur le fait d’être vivants dans un corps sensoriel. La perspective de rompre le contact avec eux nous donne la sensation ou la peur d’être mort ; l’absence de contact nourricier avec le monde extérieur est synonyme de famine. Habitués que nous sommes à nourrir nos sens, nous faisons tout pour qu’ils ne souffrent d’aucun manque. La privation qu’on leur imposerait nous apparaîtrait être une torture ou une punition pires que la douleur physique. En état de douleur, au moins on sait qu’on est vivants, dit-on, ou que n’importe quelle mauvaise expérience est meilleure que rien pour nos sens. S’accrocher ainsi aux expériences sensorielles naît du désir pour la vie, de l’avidité qui affirme « qu’on ne peut jamais en avoir assez pour se prouver qu’on vit ».

La seule idée de se priver délibérément du contact avec nos sens est révoltante, et il n’y a que des gens fous pour souhaiter cela pour eux et les autres. Les disciplines variées de la doctrine bouddhiste demandent pourtant que nous accomplissions cet acte révoltant. Nous nous y mettons à la diète, même au jeûne, et laissons tomber les preuves d’être vivants que nos sens nous fournissent. Bien sûr, ce sont les contacts qui nous amènent le bien-être que nous avons le plus de mal à laisser tomber, comme dans : « Je me sens bien quand tu me touches ! ». (Est-ce que ça implique : « Je me sens mal quand tu ne me touches pas »?)

Il me semble qu’être dépendant du champ sensoriel pour nous sentir vivants ne soit qu’un esclavage d’une ampleur à nulle autre pareille. Suivre la discipline de la doctrine est, en effet, difficile, mais le facteur libérateur est une libération à nulle autre pareille.

Monica Hathaway, M104
Traduction de Maryse pelletier

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