Monthly Archives: juin 2026

Le corps, cette entité, participe à une danse universelle de possibilités infinies, l’espace-temps étant le théâtre sur lequel il se meut.

Si les sens sont ouverts, les possibilités sont perçues spontanément, et la danse raconte la beauté, la magnificence et l’abandon propres à chaque instant de vie. Peu importe ce qui se passe durant cet instant, le corps agit de façon vraie et appropriée, parce qu’il trouve intuitivement sa place dans l’ensemble.

Si les jugements surgis de la mémoire, les conceptualisations, les classifications, les identifications, etc., viennent interférer avec les perceptions, les mouvements et les réactions du corps naissent d’une base désincarnée – celle du champ des perceptions désincarnées. Alors, la danse se trouble, stagne et s’alourdit, encombrée par les rappels de comment le corps devrait bouger, comment il devrait agir ou ressentir, voir ou entendre, goûter, sentir ou penser.

C’est ainsi que le corps devient « mon corps », « moi-même », et il y a d’autres corps autour qui deviennent aussi des « moi » et « moi-même ». La danse devient bizarre, les danseurs butent, se heurtent les uns aux autres, et, pris de vertige, tombent de fatigue devant les exigences des sens désincarnés.

Quand la musique du moment originel n’est pas perçue spontanément, le rythme des mouvements est faussé. Les danseurs ont cessé leur danse, ils sont devenus des praticiens. C’est à ce moment qu’ils doivent redécouvrir l’espace offert par les six sens à chaque instant.

C’est la façon de pratiquer « La Méditation des six sens. »

Texte de Monica Hathaway
traduit de l’anglais par Maryse Pelletier

Les sens désincarnés

Le désir

Normalement, on ne désire pas être soi. On désire être quelqu’un ou quelque chose d’autre, ou avoir quelqu’un d’autre. Posséder ce qu’on possède déjà est trop facile, ça ne représente aucun défi. On désire combattre, conquérir quelqu’un ou quelque chose pour prouver qu’on a une valeur. On est en état d’insatisfaction constante de sorte que, même si on a, on n’a pas. C’est comme manger des chips, c’est impossible de s’arrêter. On désire explorer et goûter toutes les possibilités. On est un danseur né et on veut être chanteur et vice-versa. Si on naît homme, on désire peut-être être femme, si on est né femme, on désire peut-être être un homme. Normalement, ce qu’on possède ne fait pas l’objet de notre désir. C’est ce qu’on ne possède pas qu’on veut avoir. « Je voudrais avoir ce talent-là plutôt que celui-ci ».

Il ne s’agit pas de laisser tomber le sujet ou l’objet du désir. Le désir est érigé à partir d’un concept et d’une image mentale de l’activité possible avec le sujet ou l’objet. On ne peut pas laisser aller un sujet ou un objet qui ne nous appartient pas au point de départ (sexe ou chips).

C’est le désir lui-même qu’on doit laisser tomber, le désir et ses échafaudages pour ce qui est autre. Toute l’énergie qu’on utilise en désirant veut nous faire croire qu’on devrait être récompensés du fait d’avoir un désir et de le satisfaire. Mais, hélas, un événement réel ne sera jamais à la hauteur de la représentation qu’on en a dans l’univers mental. Il est toujours insatisfaisant, jamais précisément comme l’image qu’on s’en est faite, laquelle est un nuage qu’on expérimente ; c’est le nuage de notre désir.

On dit qu’on veut pratiquer le maintien de l’attention, la méditation. Pourquoi ne pas plutôt dire qu’on en a l’intention? Le désir bloque la route, l’obscurcit, et apeure l’esprit, ce cheval fou, le plongeant dans une frénésie de gestes faux. Le désir est une vallée pleine de serpents venimeux que la méditation libère.

Texte de Monica Hathaway
traduit de l’anglais par Maryse Pelletier

Sur quoi écrire

Quand l’histoire commence-t-elle?
Quand le rêve commence-t-il et où se termine-t-il?
À qui appartient ce rêve?
Les somnambules marchent, butent et trébuchent,
À qui appartient cette histoire, finalement?
Rêveurs qui rêvent de s’éveiller devant un jour nouveau
Même jour, rêve différent
Chacun raconte une histoire
Chacun est une histoire
Ni vérité ni mensonge
Ni concrète ni abstraite.
Le vent siffle à travers les coquilles vides
Et ne raconte l’histoire de personne
Ni rue, ni marcheur, ni rêveur
Aucun cauchemar n’y vit
C’est le vide des ruelles
Le bonheur mélancolique
La tristesse joyeuse
La chanson des coquillages.

Monica Hathaway,
traduit de l’anglais par Maryse Pelletier