Avril

Les feuillus sont encore nus, mais ils regorgent de sève. Quand on les émonde, on la voit s’égoutter des rameaux coupés. Les bourgeons grossissent. De jour en jour, ils augmentent de volume et commencent à ouvrir. Apparaissent alors de tendres, minuscules feuilles, toutes promesses, comme des boutons de fleurs. Dont les odeurs subtiles se perdent dans l’air souvent frisquet.

L’herbe est mouillée sous mes pieds. Le sol cède. Je marche vite, de peur d’être aspirée par la boue, par la nappe phréatique qui se gorge de liquide en prévision des sécheresses.

Un geai crève les nuages de son cri strident, ardent. Nulle joie dans ce son, seulement une urgence, un appel. Une crainte, peut-être, un malaise qui ne peut s’empêcher de s’exprimer avec souffrance, avec inquiétude. Est-ce que mes petits survivront à l’été, puis à l’hiver?

Tout attend. Il neigera, peut-être, il pleuvra, certainement. Le gel reviendra avant de s’en aller tout à fait, il nous est attaché, il s’ennuie de nous quand il n’est plus là. Il s’en va donc à regret, sans grâce, en rouspétant.

Mais il lui faut reculer devant le vert qui sourd d’ici et de là, de partout, en fait. Enfin.

Enfin.

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