Normalement, on ne désire pas être soi. On désire être quelqu’un ou quelque chose d’autre, ou avoir quelqu’un d’autre. Posséder ce qu’on possède déjà est trop facile, ça ne représente aucun défi. On désire combattre, conquérir quelqu’un ou quelque chose pour prouver qu’on a une valeur. On est en état d’insatisfaction constante de sorte que, même si on a, on n’a pas. C’est comme manger des chips, c’est impossible de s’arrêter. On désire explorer et goûter toutes les possibilités. On est un danseur né et on veut être chanteur et vice-versa. Si on naît homme, on désire peut-être être femme, si on est né femme, on désire peut-être être un homme. Normalement, ce qu’on possède ne fait pas l’objet de notre désir. C’est ce qu’on ne possède pas qu’on veut avoir. « Je voudrais avoir ce talent-là plutôt que celui-ci ».
Il ne s’agit pas de laisser tomber le sujet ou l’objet du désir. Le désir est érigé à partir d’un concept et d’une image mentale de l’activité possible avec le sujet ou l’objet. On ne peut pas laisser aller un sujet ou un objet qui ne nous appartient pas au point de départ (sexe ou chips).
C’est le désir lui-même qu’on doit laisser tomber, le désir et ses échafaudages pour ce qui est autre. Toute l’énergie qu’on utilise en désirant veut nous faire croire qu’on devrait être récompensés du fait d’avoir un désir et de le satisfaire. Mais, hélas, un événement réel ne sera jamais à la hauteur de la représentation qu’on en a dans l’univers mental. Il est toujours insatisfaisant, jamais précisément comme l’image qu’on s’en est faite, laquelle est un nuage qu’on expérimente ; c’est le nuage de notre désir.
On dit qu’on veut pratiquer le maintien de l’attention, la méditation. Pourquoi ne pas plutôt dire qu’on en a l’intention? Le désir bloque la route, l’obscurcit, et apeure l’esprit, ce cheval fou, le plongeant dans une frénésie de gestes faux. Le désir est une vallée pleine de serpents venimeux que la méditation libère.
Texte de Monica Hathaway
traduit de l’anglais par Maryse Pelletier