Ma sœur aînée et moi nous jouons ensemble au Scrabble sur nos tablettes électroniques. Nous avons plusieurs parties en marche, auxquelles nous « travaillons » tous les jours.
Elle vit seule. Je ne sais quelle idée elle a eue, dernièrement, mais elle m’a signalé que, si elle ne jouait pas trois jours de suite, ça signifierait qu’elle est morte. Et elle m’indiquait où aller chercher, dans son petit appartement, les dossiers dont j’aurai besoin, le cas échéant.
Depuis, chaque fois que je joue au Scrabble avec elle, il y a une porte noire en filigrane qui flotte à deux mètres de moi, à ma droite, que je ne veux pas regarder. Mais la porte est si grande, son filigrane devient si épais qu’il s’impose à ma conscience, et je pleure à l’avance à la pensée du jour où ma sœur ne sera plus là.
Maudit Scrabble.