Se réveiller à moitié, à cause d’un son aigu et répétitif qui perce la nuit et monte du corps de la maison jusqu’à la chambre tout en haut, se demander d’où provient ce son, il y a plusieurs possibilités, mais ne pas vouloir explorer davantage, le découvrir équivaudrait à devoir se lever, braver la fraîcheur de la nuit dans la maison dont la température nocturne est plus fraîche que celle du jour, aller jusqu’au réfrigérateur tout en bas ou jusqu’à la balayeuse au même endroit, vouloir se rendormir pour refuser de régler le problème, se sentir coupable, rassembler le peu de courage qu’on a à cette heure avancée et essayer d’identifier le bruit d’après sa fréquence et sa place dans la gamme des aigus (trois sons répétitifs, le frigo : cinq, la balayeuse : deux, le UPS, euh, oublié, a-t-on manqué d’électricité, j’espère que non), repousser les draps, la chaleur du corps de son amoureux et se lever, incertaine, faire un effort d’utilisation de ses méninges qui flottent encore dans l’ouate, descendre jusqu’au sous-sol pour constater que non, le bruit est au rez-de-chaussée, avoir froid aux pieds, ah c’est la balayeuse-robot, la décrocher de son socle, ça lui fermera le caquet, et remonter dans son lit, rendormie déjà, dans la chaleur toujours présente de la douillette…