L’esprit fantasque

J’écoute, je réécoute, devrais-je écrire, une série télévisuelle chinoise. Il y a un démon (beau comme un… dieu) qui a de super pouvoirs (notamment la capacité de générer du feu… bleu) pour anéantir ses ennemis, qui vient d’être libéré d’un emprisonnement de 30 000 ans (ben oui!) par Orchidée, une fée de classe même pas moyenne (il y a des classes sociales même chez les fées!). Ce démon puissant (et beau, je l’ai dit?) se retrouve lié à Orchidée (jolie, pouvoirs limités, mais pas idiote) par un sort qui l’oblige à ressentir tout ce qu’elle a comme émotions, et elle en a beaucoup — elle est même un peu boudeuse et pleure facilement. Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir. Et puis parce que ce n’est pas là que je veux en venir.

J’adore ce type de série.

Ben oui.

Quand ça commence, je trouve ça assez convenu, même assez nono, puis je regarde les costumes (beaux ça se peut presque pas, mais comment font les acteurs pour se battre avec des manches qui traînent à terre?), les décors (il y a beaucoup de surimpression, sinon personne n’aurait les moyens de construire des décors d’un tel faste, on se retrouve au royaume du ciel, imaginez avec un trône en or et une chute d’eau vertigineuse en fond d’écran!), les enjeux (toujours élevés — par exemple, il ne la tue pas malgré qu’il en ait envie, sinon il se tuerait lui-même), les péripéties (tiens, il y a un nouveau dieu qui se montre la dégaine, que vient-il faire là, lui?) la construction dramatique (il y a des prophéties à tous les coins de rue) et je m’amuse.

Notre esprit est vraiment fantasque. Il cherche à s’échapper de la condition bassement humaine à laquelle il est astreint, grâce à laquelle il peut exister, mais il n’y réussit pas vraiment. Ces dieux-là vivent des milliers d’années et pourtant ils peuvent être tués dans des guerres, et alors il y a toujours quelqu’un qui cherche à les faire renaître. Cependant, ils aiment d’un amour interdit (ça vous rappelle quelque chose?) ou ils pleurent une mère assassinée (et ici?) ou ils cherchent à se venger de ceux qui les ont méprisés dès leur naissance (ma foi, pourquoi pas?).  

Fantasque, et convenu, l’esprit. Et sa capacité à imaginer, de même.

Les mêmes vieilles recettes se racontent dans des décors littéralement impossibles, avec des personnages improbables, mais si près de nous, si près. Ou si près des histoires de notre enfance et de notre littérature, si près de notre propre imagination fantasque — qui n’a pas rêvé d’anéantir ses ennemis par le feu, dans un mouvement de colère. Moi, en tout cas, j’ai déjà imaginé que je tuais quelqu’un avec un pistolet. Ben oui.

Bon. 

Trêve de confidences, je continue à réécouter la série chinoise. Ça vaudra mieux que de laisser mon esprit fantasmer sur ce qui aurait pu arriver si je l’avais fait.

Alors, le beau démon, soudain, à la faveur d’un baiser involontaire, se retrouve dans le corps de la fée, et vice-versa… Ça promet.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.